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Anorexie

Quand la guérison d’un enfant révèle la fragilité du couple parental

Anorexie, loyautés invisibles et équilibres familiaux

Fanny avait 18 ans lorsqu’elle est arrivée dans mon cabinet.Elle pesait 38 kilos.Son regard était vide, son corps fatigué, et ses parents l’encadraient… comme on encadre un champ de bataille.

Ils ne se parlaient presque plus.Mais ils lui parlaient à elle.

« Dis au thérapeute ce que tu as mangé hier. »« Explique-lui pourquoi tu refuses de venir aux repas. »

Fanny était devenue le canal de communication d’un couple qui ne se parlait plus directement.Tout passait par elle. Son corps, ses refus, ses silences.

En thérapie systémique, ce type de configuration est fréquent :quand la relation conjugale est figée, le symptôme d’un enfant peut devenir le lieu d’investissement relationnel principal.


Le symptôme comme organisateur du lien

Pendant des mois, nous avons travaillé.Lentement. Patiemment. Respectueusement.

Fanny a recommencé à manger.Son visage a repris des couleurs.Son sourire est revenu, timidement, puis franchement.

Ses parents semblaient soulagés.Moins tendus. Moins inquiets.

Et puis, un jour, elle m’a dit simplement :

« Mes parents divorcent. »

Ma première pensée a été celle que beaucoup auraient eue :Quelle coïncidence malheureuse…

Mais très vite, le regard systémique s’est imposé.

Ce n’était pas une coïncidence.C’était une réorganisation du système.

Quand le symptôme protège

L’anorexie de Fanny n’était pas seulement sa maladie.Elle était devenue le langage secret d’un couple qui ne savait plus se dire.

Chaque gramme perdu criait ce qu’ils n’arrivaient plus à formuler.Chaque repas refusé les réunissait dans une inquiétude commune.Chaque consultation médicale devenait un projet partagé.

Tant qu’elle allait mal, ils avaient une raison d’être ensemble.Une mission. Une urgence. Un sens commun.

L’anorexie faisait lien.Elle contenait la séparation.Elle suspendait la rupture.

En ce sens, le symptôme ne détruisait pas le système :il le maintenait.

C’est ce que l’on appelle parfois, en systémique, une fonction protectrice du symptôme.Douloureuse, coûteuse, mais organisatrice.

Quand la guérison devient un séisme

Quand Fanny a commencé à aller mieux, quelque chose a changé.

Plus de rendez-vous médicaux à organiser ensemble.Plus d’angoisse commune.Plus de sujet central.

Le silence entre eux est devenu assourdissant.

Ce que le symptôme colmatait est apparu.Le vide. La distance. L’usure.

Et le couple, privé de son « ciment », s’est fissuré.

Fanny guérissait.Leur couple s’effondrait.

Ce moment est souvent déroutant pour les proches… et parfois pour les soignants.On peut avoir l’impression que « tout va plus mal » alors que la personne va mieux.

En réalité, le système est en train de se réorganiser.

Soigner, ce n’est pas seulement réparer

Ce jour-là, j’ai profondément mesuré une chose :

Soigner, ce n’est pas seulement soulager un symptôme.C’est parfois accepter qu’un équilibre entier s’effondre.

Que des masques tombent.Que des vérités longtemps évitées deviennent visibles.Que des décisions longtemps repoussées deviennent nécessaires.

Le symptôme n’appartient jamais uniquement à celui qui le porte.Il circule.Il organise.Il protège.Il régule.

Et quand il disparaît, le système doit inventer autre chose.

La loyauté invisible de l’enfant

Plus tard, Fanny m’a dit cette phrase bouleversante :

« Au fond, mon anorexie les protégeait de leur propre vérité. »

Cette phrase est d’une justesse clinique remarquable.

Beaucoup d’enfants portent, sans le savoir, des conflits qui ne leur appartiennent pas.Ils deviennent loyaux à une histoire qui n’est pas la leur.Ils « tiennent » un système en souffrance.

Non par choix.Mais par nécessité relationnelle.

On ne parle pas ici de manipulation.On parle de logique relationnelle.

Guérir, c’est parfois libérer

Aujourd’hui, Fanny va bien.Ses parents aussi. Chacun de leur côté.

Ils ont pu se séparer sans culpabilité.Sans avoir l’impression d’abandonner une fille fragile.Sans porter la responsabilité de « la faire rechuter ».

Sa guérison leur a rendu leur liberté.Elle a libéré un système entier.

Ce que cette histoire nous enseigne

Cette situation nous rappelle une vérité essentielle en thérapie systémique :

? Le symptôme peut être le gardien d’un équilibre fragile.? La guérison peut être une crise nécessaire.? Le mieux-être d’un individu peut révéler les failles du système autour de lui.

Et cela ne signifie pas qu’il ne fallait pas soigner.Cela signifie qu’il fallait accompagner le mouvement.

Une question pour vous

Dans votre famille, votre couple, votre équipe, votre institution…

Quel « symptôme » maintient peut-être un équilibre précaire ?Une maladie, un comportement, une crise, un enfant « difficile », un collègue « problématique »…

Et si, au lieu de chercher uniquement à l’éteindre,nous osions aussi nous demander :

Que protège-t-il ?Que contient-il ?Que rend-il possible ?

 
 
 

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Erzana Szwertak

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